Les « indignés » : il se passe quelque chose en Europe…
publié le 26 mai 2011 à 16h29 / écrit par Véronique LOPEZ , Diverses Cités / lu 272 fois / commenté 0 fois
Il y a le dégoût de l’argent débordant des puissants, le succès du petit livre de Stéphane Hessel cet hiver, les révolutions arabes du printemps. Et voilà que depuis le 15 mai, la place Puerta del Sol à Madrid se réveille couverte de tentes, de stands de fortune, de bâches, de dessins, de poèmes, d'expressions et de forums politiques et citoyens…
Ce mouvement des « indignados » (les indignés), loin des partis politiques et des syndicatsa surpris tout le monde. Il dure, s’organise et donne à la Puerta del Sol des airs d’agora grec. Une organisation au top : eau fraîche - car il fait chaud en Espagne - et jus du fruit sont distribués gratuitement grâce aux dons, aux soutiens des commerçants de la place… Les forums se multiplient, la parole citoyenne se passe sans problème, sans engueulade, sans beuverie.
Vers une révolution des orangers ?
Partis des jeunes des classes moyennes que le « déclassement » - cette dégringolade sociale - guette au coin de la rue, le mouvement touche profondément l’ensemble d’une société espagnole. Aux jeunes pacifistes qui ont « moins de 1000 euros pour vivre », d'autres pancartes répondent « j’ai zéro euros pour vivre ». Le contexte social en Espagne est terrible : chômage massif des jeunes, crise du logement, bas salaires… A un moment, le peuple espagnol a décidé de dire : trop c’est trop. Et si les vents du sud en cette année 2011 étaient porteurs de changement… En France, plus timidement (mais ce n'est qu'un début) quelques rassemblement ont lieu à Paris et en province. Que les médias oublie un instant le dernier épisode de DSK où il ne se passe rien et parle enfin des mouvements populaires.
>Quelques extraits du « Manifeste des Indignados »
« Certains parmi nous se considèrent progressistes, d’autres conservateurs. Certains parmi nous sont croyants, d’autres non. Certains parmi nous ont des idéologies bien définies, d’autres sont apolitiques, mais nous sommes tous inquiets et en colère au sujet du paysage politique, économique et social que nous voyons autour de nous : corruption parmi les politiciens, les hommes d’affaires et les banquiers qui nous laissent sans recours et sans voix.
« Il est temps de changer les choses »
Cette situation est devenue la norme, une souffrance quotidienne, sans espoir. Mais si nous assemblons nos forces, nous pouvons la changer. Il est temps de changer les choses, temps de construire ensemble une meilleure société. C’est pourquoi nous affirmons fortement que les priorités de toute société avancée doivent être le progrès, la solidarité, la liberté de la culture, la durabilité et le développement, le bien-être et le bonheur des peuples.
Voici des vérités inaliénables auxquelles nous devrions nous attacher dans notre société : le droit au logement, au travail, à la culture, à la santé, à l’éducation, à la participation à la vie politique, à la liberté du développement personnel, les droits des consommateurs pour une vie heureuse et en bonne santé. L’état actuel de notre gouvernement et de notre système économique ne se soucie pas de ces droits et s’oppose au progrès humain.
La démocratie appartient au peuple, cela signifie que le gouvernement est composé par chacun de nous. Toutefois, en Espagne, la majorité de la classe politique ne nous écoute même pas. Les politiciens devraient porter notre voix aux institutions, permettre la participation des citoyens à la politique par des canaux directs qui apportent les plus grands bénéfices à l’ensemble de la société et non pas s’enrichir et prospérer à nos dépens, à l’écoute exclusive de la dictature des principales puissances économiques, ni les maintenir au pouvoir dans un bipartisme conduit par les acronymes inamovibles PP & PSOE.
Modèle économique obsolète
L’appétit de puissance et d’accumulation de quelques-uns crée les inégalités, les tensions et les injustices, lesquelles conduisent à la violence, que nous rejetons. Le modèle économique anti naturel et obsolète pousse la machine sociale dans une spirale de croissance qui la consume elle-même, enrichit quelques-uns et plonge les autres dans la pauvreté. Jusqu’à l’effondrement. L’intention et l’objet du système actuel est l’accumulation d’argent, sans égard pour l’efficacité ni le bien-être de la société. Gaspillage des ressources, destruction de la planète, création de chômage et de consommateurs malheureux. Les citoyens sont les rouages d’une machine conçue pour enrichir une minorité qui ne tient pas compte de nos besoins. Nous sommes anonymes, mais sans nous rien de cela n’existerait, parce que nous sommes les moteurs du monde.
« Ne pas confier notre avenir à une économie abstraite… »
Si, en tant que société, nous apprenons à ne pas confier notre avenir à une économie abstraite, qui ne restitue jamais les bénéfices à la majorité, alors nous pouvons mettre fin aux mauvais traitements dont nous souffrons tous. Il faut une révolution éthique. Au lieu de placer l’argent au-dessus des êtres humains, nous le remettrons à notre service. Nous sommes des gens, pas des produits. Je ne suis pas le produit de ce que j’achète, pourquoi je l’achète et à qui je l’achète.
Pour tout ce qui précède, je suis indigné :
- Je pense que je peux le changer.
- Je pense que je peux aider.
- Je sais qu’ensemble nous pouvons ».
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