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Catastrophe au Japon, nucléaire en question

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Catastrophe au Japon, nucléaire en question

publié le 16 mars 2011 à 16h16 / écrit par Véronique LOPEZ , Diverses Cités / lu 335 fois / commenté 0 fois



Les Japonais vivent sous la menace d’une catastrophe nucléaire et ne savent quasiment rien des niveaux de radioactivité auxquels ils sont exposés. Ceux qui résident à proximité de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi sont exposés, depuis le samedi 12 mars, à des débits de dose radioactive ultra élevées. En 40 minutes, une personne reçoit du seul fait de l’irradiation externe une dose égale à la limite maximum admissible sur un an.

Malgré l'ampleur de la catastrophe nucléaire au Japon, les autorités ne transmettent aucune données fiables sur la contamination de l’air que respirent les populations. Une carence d’autant plus préoccupante que les élévations des débits de dose correspondent à des niveaux de contamination de l’air exceptionnels (contrairement aux différentes déclarations entendues jusqu’à présent) et qui nécessiteraient des mesures de précaution. "A la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, les interventions sont de plus en plus désespérées : après l’injection d’eau de mer et l’abandon de la salle de commande du réacteur n°1, la décision a été prise de déverser de l’eau sur les installations à l’aide d’hélicoptères !", note dans un communiqué la Criirad, l'association indépendante de surveillance des installations nucléaires en France. Les 50 travailleurs encore présents sur le site sont exposés à des doses potentiellement mortelles et ont dû être provisoirement évacués avant de revenir sur site, mettent leur santé et leur vie en péril pour essayer de limiter les conséquences de l’aggravation continue de la situation. Depuis plusieurs jours, l’augmentation des niveaux de rayonnements à 100, 200 km , voire 300 km de la centrale nucléaire de Fukushima traduit le passage des masses d’air contaminé :

  • Multiplication par 1 000 du débit de dose le 13 mars à 120 km au nord-nord-ouest ; valeurs encore 100 fois supérieures à la normale hier 15 mars
  • Multiplication par 100 du débit de dose à 75 km au sud (villes de la préfecture d’Ibaraki
  • Multiplication par 16 du débit de dose à Tokyo, à 270 km au sud.

Doses mortelles

Les limites de dose (doses dites efficaces ou au corps entier) sont de 1 mSv/an pour les personnes du public et de 20 mSv/an pour les travailleurs les plus exposés. Elles correspondent aux risques maximum admissibles. Par exemple pour 100 000 personnes exposées à 1 mSv, on s’attend à 5 décès par cancers radio-induits. "Avec des valeurs aussi élevées (1 million de fois et plus le bruit de fond naturel) on n’est plus dans le domaine des faibles ou très faibles doses de rayonnements, avec des pathologies ne se manifestant qu’après un temps de latence (plusieurs années à plusieurs décennies pour les cancers par exemple) mais dans le domaine des fortes doses d’irradiation. Les fortes doses de rayonnements provoquent une destruction massive des cellules, destruction qui peut altérer le fonctionnement de certains organes, voire engager le pronostic vital."

Dans ce cas, les effets se produisent rapidement (selon le niveau de dose en quelques heures, jours, semaines ou mois) et chez toutes les personnes exposées au seuil correspondant (avec des sensibilités individuelles). Les effets varient selon les organes et sont d’autant plus graves que les doses sont élevées. En quelques heures d’exposition, les doses au corps entier peuvent en effet atteindre plusieurs Sieverts : atteintes graves aux cellules les plus radiosensibles que sont les cellules de la moelle osseuse, de la muqueuse intestinale, cellules de la peau…

Heures après heures, les doses se cumulent...

Le plus important c'est qu’heure après heure les doses se cumulent et que plusieurs jours se sont déjà écoulés depuis le déclenchement des situations d’urgence. Hier, le personnel dont la présence n’était pas strictement indispensable a été évacué du site. L’augmentation des débits de dose a obligé à l’évacuation temporaire de la cinquantaine de travailleurs encore présente sur le site. Les travailleurs sont à nouveau à leur poste, mettant leur santé et leur vie en péril pour des interventions de plus en plus désespérées.

Rejets radioactifs et contamination de l’air : toujours pas de données !

Les seuls chiffres disponibles (et qui restent très parcellaires) concernent les débits de dose, avec des augmentations très élevées à plus de 100 km de la centrale de Fukushima Daiichi. Il faut ajouter à cette exposition, les doses de rayonnement reçues du fait de la contamination interne et notamment de l’inhalation de gaz et d’aérosols radioactifs présents dans l’air. Si les débits de dose augmentent, c’est parce que l’air est chargé de produits radioactifs (radionucléides) que les personnes présentes inhalent. Et les masques blanc anti-poussière ne sont pas une réponse adaptée en terme de protections respiratoires ! Pour la Criirad, "il est indispensable de connaître les niveaux de contamination de l’air : les activités volumiques, en becquerels par mètre cube d’air pour chacun des radionucléides présents, en tout cas pour les plus significatifs sur le plan sanitaire. Il est indispensable de connaître l’activité des produits de fission comme l’iode 131, le césium 137, le krypton 85, le xénon 85… et des transuraniens (isotopes du plutonium, de l’américium…)."

Et la mer, l'eau et la chaîne alimentaire ?

Autre paramètre clef pour l’évaluation des risques encourus par la population concerne l’intensité des dépôts au sol qui détermine en grande partie le niveau de contamination de la chaîne alimentaire. Ces éléments sont indispensables pour prendre les décisions susceptibles de limiter l’exposition de la population. Il est en particulier nécessaire de connaître les niveaux de contamination en iode radioactif (iode 131, iode 132…). A ce jour, on ignore tout de la quantité de radioactivité rejetée dans l’environnement. Les déclarations officielles parlent volontiers de rejets " contrôlés ". Cette présentation est plus que discutable. "Il s’agit en fait de rejets radioactifs associés aux opérations de dépressurisation, opérations dictées par la nécessité (entre 2 maux, il faut choisir le moindre) et qui ne permettent absolument pas de contrôler la radioactivité émise. A cela s’ajoutent les rejets associés aux incendies, ruptures de tuyauterie et autres incidents qui sont, eux, totalement hors de contrôle."

La criirad en veille

Selon l'association, il n'y a pas d'inquiétude à avoir actuellement ni pour la France métropolitaine, ni pour la Polynésie française. Le laboratoire de la Criirad cible pour l’instant ses analyses sur les réseaux de balises japonais. Cependant, en fonction de l’évolution des conditions météorologiques, les recensements seront élargis aux réseaux de mesures étrangers (américains notamment) qui donneront une situation intermédiaire, avant que le territoire français ne soit touché. La France est à plus de 10 000 km de distance, ce qui favorise évidemment la baisse des concentrations, du fait des phénomènes de dilution et des dépôts progressifs de radioactivité sur les sols et les océans, dépôts qui appauvrissent d’autant les masses d’air contaminé. Si la situation devait se dégrader, des bulletins d’information seraient aussitôt publiés.

Réactions internationales

Alors que l'Allemagne ferme ses 7 réacteurs les plus âgés et que la Suisse a suspendu son programme de renouvellement de centrales nucléaires, la France, pays européen le plus nucléarisé, s'oppose à tout moratoire et référendum sur une question pourtant cruciale : celle du choix énergétique de la France. Le 16 mars, en Conseil des ministres, Nicolas Sarkozy a affirmé que "La France a fait le choix de l'énergie nucléaire, qui constitue un élément essentiel de son indépendance énergétique et de la lutte contre les gaz à effet de serre." Le Réseau "Sortir du nucléaire" a aussitôt condamné avec cette déclaration rappelant que le "choix" de la France n'a rien de démocratique, les citoyens pas plus que leur représentants au Parlement n'ayant été consultés au lancement du programme nucléaire. Le Réseau "Sortir du nucléaire" exige la fermeture immédiate des 16 réacteurs nucléaires en service depuis plus de 30 ans en France et sollicite un référendum sur la sortie du nucléaire.

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